Dunkerque : Cap au nord !

La Paris-Dunkerque, tout comme le Paris-Dakar, ne part pas vraiment de Paris et n’arrive pas tout à fait à Dunkerque. Ca fait un point en commun et pour tout vous dire, c’est à peu près le seul.

A la Paris-Dunkerque, il n’y a pas de dune, ni de désert, il n’y a pas non plus de classement, ni même de podium et encore moins Adrien Van Bereven.
- "Ben alors, y a quoi Sophie ? "
- “Eh bien, y a 200 tintins trépignants. Des vrais et des faux amateurs, des vieux (brelons), des jeunes pimpantes bonnet 1200 et même des side-cars égarés depuis Moscou, tous joyeux et excités à l’idée de faire 700 km dans les chemins et surtout à mettre 3 jours pour l'accomplir. Voilà.”
- "Et puis, y a quoi ?"
- “‘Hé bien ensuite, c’est plat.” Oui, plat. Plat comme les œufs, comme Jane, comme le pays de Brel. Les Hauts de France, s’ils sont en haut sur la carte, sont en réalité très en bas comparés au niveau de la mer, ça plafonnerait à 98 mètres d’altitude en moyenne, du coup pour tenter les sauts de cabris dans les rocheuses, passes ton chemin et choisis plutôt la Cathare Trail.
- "Mais, pourquoi y aller alors ?"

Parce qu'on s’amuse bien dans les ornières... Un peu de boue, un peu de craie, un peu de reliefs dans les sous-bois...et puis surtout des ornières. Que ce soit sur le parcours extrême ou l'aventure, les petits chemins en sont bourrés.
Aïe aïe dans le pays d’la Houille. Ils ont été plus d'un à y laisser une cheville, un bout de carénage, un tibia, une clavicule. C'est que c'est traitre une ornière ! La PDK est idéale pour te faire comprendre que l'expression “sortir de l'ornière” (qui voudrait dire “sortir de la difficulté”) est une totale ineptie. C'est bien tout le contraire : l’ornière, si tu veux t'en sortir et bien surtout t'en sors pas ! Une fois que t’es dans ton ornière, tu y restes ! Tu t’y cales et peu importe si l'herbe commence à te chatouiller les aisselles, que celle d'à coté à l’air plus cool, que merde, t'aurais pas dû t'engager. Trop tard, ton ornière, c'est ta croix.

Parce que ça file droit et que c'est drôlement excitant ! Perso, je ne suis jamais allée aussi vite debout sur ma meule dans un chemin. Un vrai stage pour apprendre à jouer avec les vitesses en position verticale. Et puis ce crépitement de la caillasse qui chante sous tes roues, la poussière qui réduit la visibilité quand soudain, paf, apparait un pierrier à t'en déchausser les molaires...Oui, j'ai eu parfois très chaud en montant dans le Nord, mais quel régal !

On pourrait croire que je brasse de l'air...mais pas vraiment.
Parce que c'est tout de même bien crevant. 700 km en 3 jours : fingers in the nose ? Pas si certaine. Moi qui pensais allumer un bbq tous les midis et ben walou. T’avales ta boîte de thon, puis tu ré-enfourches ton brêlon !
Plus que la technicité des parcours, la vraie difficulté de la PDK réside, selon moi, dans le rythme des étapes, dans l'endurance et donc la vigilance constante que tu dois avoir.
Parce que c'est beau. Oui, c’est beau. Je les ai beaucoup aimés ces paysages à l’horizontale. “Avec des cathédrales pour uniques montagnes, et de noirs clochers comme mâts de cocagne” J’ose rajouter, mon cher Jacques (Brel), “et des éoliennes comme seules compagnes.” J'en ai jamais vu autant. Comme je n'avais jamais traversé autant de champs de colza. Diable, si t'aimes pas le jaune, fais vite demi-tour car c'est une mer safranée que tu traverses pendant 3 jours, de l’huile pour les frites, et surtout du baume pour le coeur
 
Tintin au pays de l'or...jaune
Parce que j'ai rigolé autant que roulé. J'ai tellement ri aux bivouacs. Même si le deuxième emplacement ressemblait à celui d'un teknival et que j'ai bien cru frôler une septicémie dans les douches, j'ai adoré cette ambiance de fin de journée, où après avoir mordu la poussière pendant des heures, les langues se délient et les blagues fusent autant que coule la bière. Ah ça, on rigole pendant la Paris-Dunkerque!
La fine équipe : Gilles en side-car Ural, Damien en Africa Twin et ma pomme en Honda 250 CRFL.
 Et puis parce que sous mon casque, j'ai souri. J'ai souri à regarder Gilles, mon ami dans son side-car ural, mon sherpa super classe, valdinguer de droite à gauche dans les chemins, cahin-caha, à se récupérer miraculeusement d'improbables trajectoires. Quelle danse de St Guy ! Quel talent !
Et puis, j'ai souri à tous vous regarder, fendre les champs, rouler le nez au vent, tous crottés, comme des sales gosses, se redressant soudainement à la moindre caillasse, bien droit sur les cales pieds.

Au final, pas un seul instant, je n’ai pensé au Paris-Dakar.
Non. Droits face à l'horizon, tenant la barre, comme un guidon, naviguant à travers cet océan d'or, vous m'avez fait penser à des corsaires foulant les mers, capitaines aventuriers d'un jour pavoisant vers les hautes mers...(enfin ici les Hauts de France.).

Oyé oyé braves moussaillons à 2roues..Dunkerque en vue !
 
Big up à la team @Cocoricorando Paris-DunkerqueYann, Laurie et tous les autres qui gardent le cap de ce vaisseau amiral qu'est la PDK. Special thanks to Gilles pour m’avoir supportée et avoir porté tout mon barda, pour ses conserves, et ses photos qui ont autant la classe que celles que tu as quand tu conduis ton side-car dans les chemins, to Damien qui a autant d’humour que de talent au guidon de son AT, to Yves qui m’a fait re-aimé les ours...et à toutes celles et ceux qui souriaient derrière leurs masques boueux. Big up aussi Antoine qui m’a ouvert la voie du March Moto Madness et de la PDK...see you à la Cathare; brother ! Enfin, @Christian Cardin et à son projet incroyable de reconstruire le navire cathédrale de Jean Bart. Merci pour ton accueil, ta passion aussi grande que ton hospitalité. http://www.tourville.asso.fr/
 

Ils se reconnaîtront ! Et je leur avais promis de la poster ! Bisettes les gars !
 
L’écriture de ce petit texte s’est accompagnée notamment d’une bien jolie balade musicale avec mes potes Boby et Johnny,un titre qui tombe à point nommé, Girl From the North Country.
 

Crédits photo :
Gilles Fabre, à retrouver sur son instagram !

Share: