Fenouil, chroniques sahariennes (livre)

Dans son livre, publié en 1974, "une moto dans l'enfer jaune", Fenouil évoque les "Chroniques Martiennes" de Ray Bradbury, comparant le Désert qu'il aime tant, à une étrange planète échappée de quelques lointaines galaxie avec  "d'énormes rochers, mystérieux météores comme abandonnés par de formidables mutants après un combat sans merci..."
Oui, pour Fenouil, dans le Tademaït (Sahara Algérien), la terre n'est pas ronde, elle est infinie et Pythagore se serait  emmêlé dans ses parallèles car dans l'enfer jaune, elles ne rejoignent pas. 
Cet infini désertique, Fenouil en est amoureux et ça, ce n'est pas de la science-fiction.

Deux trans-sahariennes et des kawa...

De façon frénétique, il va se lancer dans deux transsahariennes en 1973 avec,  à chaque fois, une Kawasaki.

- La première : Alger-Tamanrasset pendant les plus fortes chaleurs avec une Kawasaki 900 Z.
- La deuxième : un raid Paris-Dakar via Adrar (Algérie), Gao (Mali) et Bamako en traversant le Tanezrouft avec une Kawasaki 350.

Alors, tout de go, je vous l'dis, pour ma pomme qui n'était même pas imaginée dans la tête de mes parents en 1974, j'ai découvert une autre époque, voire une nouvelle ère !  Laquelle ?  Celle des carénages Hugon, des portes bagages increvables Bottelin Dumoulin, des sacs de réservoir en skaï (!!)...et surtout, celle où l'on avait l'audace de se lancer dans la traverser du Sahara avec une Kawasaki absolument pas préparée pour cela !

Ceci est un carénage Hugon.

Ceci est un porte bagage Bottelin Dumoulin.

Et tout cela, c'est un peu de l'histoire ancienne.
Daniel Hugon se tuera lors du Abidjan-Nice en 1976 et les établissements Bottelin-Dumoulin, fermeront définitivement en 2006. RIP
une kawa 900 Z, des pneus trials.....et une vieille peau de bête (une putchincha afghane) sur le sac de réservoir (en skaï) pour s'isoler de la chaleur et en avant Guingamp !

juin 1973

Juin 1973, avec son pote Hubert Rigal (qui lui fait l’assistance avec une Volvo 544 Sport) et Maria Pietri (une amie photographe), ils se jettent ainsi dans l'océan de sable. Plouf.

Le récit de Fenouil est émerveillé, fascinant, passionné, passionnant.

Perso, j'ai eu la gorge nouée à le suivre dans cet enfer jaune, roulant souvent à plus de 100km/h, attaquant les "boulevards de sable fin, de cailloux" puis les dunes.
"Merde, impossible de l'éviter, la moto décolle lourdement, retombe, plonge, saucissonne. A grand coup de barre, je tente de sauver le navire et son capitaine : droite, gauche, tout à droite, encore à droite, déplacer le corps...je vais tomber, je le sais."

Le désert comme la grande bleue..."une immensité aussi mouvante" avec ses pièges et notamment la tôle ondulée qui casse les mécaniques les plus solides et dont il parle si bien. Merci ! ! Maintenant je sais ce que c'est !

Insatiable Fenouil ! L'appel du désert, qui lui tenaille le ventre et qu'il compare au "vertige des profondeur" le reprendra à peine quelques mois après son premier exploit. 

" ...ne plus viser seulement le coeur du Sahara mais le traverser de part en part pour en ressortir du côté de Dakar, voilà qui pourrait être un bien beau raid pour une moto et son heureux pilote".

novembre 73

Novembre 1973, le voilà, donc tout heureux, prêt à affronter le désert absolu : le Tanezrouft, “l'empereur des sables comme le Pacifique est empereur des océans"; 1600 km sans pompe à essence.
Cette fois-ci, il partira au guidon d'une Kawa 350, la big horn, le grand mouflon, la grosse bête des montagnes, celle qui "sent bon le sable chaud".

Le duo infernal : Fenouil et sa Big Horn...une Kawa 350 qui dévore le sable et la poussière à 155 compteur.

Oui, entre elle et lui, ce sera une vraie histoire d'amour ...et puis d'eau fraiche.
De l'eau fraîche, prévoyez-en une bonne quantité en lisant son livre.

Moi, je suis restée plus d'une fois la gorge séchée à l'imaginer se battre contre la chaleur écrasante, le Siroco qui brûle, le sable qui s’immisce partout, les épines qui "échardent"...et frôlant parfois le pire :  se perdre et que Jean-Claude Guénard et Maria (toujours) en Land Rover ne passent à quelques kilomètres de lui sans le voir.

Avec sa "mobylette land-rover", Fenouil réussira son incroyable défi, un exploit qui ouvrira les portes du Paris-Dakar.

Image tirée du livre.

Oui, il m'a fallu quelques temps pour me désensabler de cette lecture. Le livre de Fenouil m’a filé un coup de bambou, laissé des étoiles plein les yeux, limite du sable plein les poches et surtout procuré cette impression d'avoir voyagé dans une nouvelle galaxie.
Car une chose est certaine. Si le Désert est une autre planète alors Fenouil en est son plus grand ambassadeur (extra-terrestre....)!

Ps : je n'ai toujours pas compris pourquoi Fenouil se faisait appeler Fenouil...
Les poireaux au Touquet je comprends, ils se plantent dans le sable.
Mais le Fenouil ? 🙂 Si vous avez la réponse, merci d'éclairer ma lanterne de néophyte.

On m'apprendra peu après que Fenouil est également l'auteur, entre autre, de "La nouvelle de ma mort a été très exagérée", (ben j'espère bien tintin !!) ; une course moto qui part de Côte d'Ivoire et bascule dans un Desertworld futuro-régressif où la gracieuse Captain Tamacheq séduit le Général Motors, surfeur de vagues géantes...comme quoi, l’extra-terrestre n’est pas loin.

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