Luc Cotterelle, Terre Propice (dvd). L’aventure comme Présent.

Le mot « présent » est un bien joli mot. Il veut dire « maintenant », « être là, assister » et il veut dire « cadeau ».
C’est pourquoi le mot “présent » colle parfaitement au film de Luc Cotterelle : Terre Propice.
Car voici l’histoire d’un homme qui a rendez-vous avec lui-même, chaque jour, là, aux confins de l’Afrique, dans ces terres propices qui vont tout lui offrir : la bienveillance, l’entraide, la liberté…le temps.
Un incroyable périple que Luc effectue en 2012, seul, alors âgé de 41 ans, au guidon de sa 1150 GS. Au départ, un petit break prévu de 6 mois, voire 8, max, le temps pour lui de rejoindre Cap Town en Afrique du Sud depuis sa ville, Dunkerque. L’escapade durera 2 années et 7 mois.

Quelques 950 jours, 87 300 km, 44 pays traversés, 5000 litres d’essence, 20 kg de perdusles chiffres permettent à peine de saisir l'ampleur de son aventure, et c’est tant mieux car sincèrement l’essentiel est bien ailleurs. L’essentiel ne se calcule pas, ne se mesure pas, ne se quantifie pas.
Alors, tant pis pour les amoureux des exploits kilométriques, les stakhanovistes de la route, les furieux de la montre, les "François Gabart" du bitume… Luc prend son temps et moi je l’ai tant apprécié ce temps, émerveillée pendant les 1h30 de son film réuni sur 2 DVD.

Bush camp au Botswana ... en bordure du "Ntwetwe Pan"

Au départ, cela ressemble à une échappée, nécessaire, presque vitale comme une urgence. Pourtant, si pour Luc, il semble urgent de prendre le temps, le vrai tempo de son voyage, c’est le rythme de l’Afrique qui va le lui imposer, petit à petit

En République Démocratique du Congo (RdC), sur la célèbre route nationale 1 où il est plus facile de tomber dans les profondes ornières que d'en sortir ...
En RdC, toujours, Luc casse le cadre de sa moto. Un pasteur rencontré miraculeusement et disposant du seul fer à souder sur un rayon de 150 km à la ronde va entreprendre la soudure...

Un rythme scandé de galères en sourires, de difficultés en rencontres miraculeuses, de phases de doutes en phases de certitudes.

Dans le désert Soudanais à coté d'un nomade et de son chameau. En arrière plan ce sont les pyramides de Méroé

Voilà, le rythme de l’Afrique qui l’embarque dans ce qui devient alors une promenade (pas toujours de santé), une balade ou devrais-je dire une ballade comme un poème, comme un chant. Oui Luc flâne. Le grand raide vadrouille.
Il prend son temps et beaucoup de détours, parfois forcés, souvent souhaités, jusqu’à parfois se mettre en déroute, lui-même. 

En RdC, juste après son entrée dans le pays avant de traverser le fleuve Congo.

L’errance est en embuscade comme il le dit. Pas l’errance géographique, l’errance de l’esprit. Il le sait. Le présent le remplit, le présent l’avale aussi.
Alors de pays en pays, Luc apprend à ajuster « son lâcher prise » et moi, je pense à Nicolas Bouvier en regardant ce grand gaillard qui pense faire un voyage alors que le voyage le fait et le défait à grand coup de providences.

En Namibie au nord sur la piste menant aux chutes d'Epupa, Luc fait la rencontre de 3 magnifiques représentantes de l’ethnie Himbas.

Si le film de Luc se conjugue au présent, l’Afrique, elle, se conjugue au pluriel.
J’aurais bien collé un petit « s » à cette « Terre Propice » tellement magnifique de sa diversité, tellement riche de ses ethnies, de leurs cultures, de leurs savoir-faire et de leurs rituels fascinants.
Du Mali au Togo, du Gabon au Burundi, du Gabon à l’Ethiopie…ce film est un magnifique témoignage sur l’Afrique. Et si les images sont belles, je crois que les paroles le sont encore plus.

Les conversations sont parfois drôles. Souvent, les échanges se passent de mots. Et puis, immanquablement, derrière les sourires, les mots vous balancent à la face une réalité tellement dure.
J’entends encore ceux emplis de fatalité des « bayendas », ces courageux pousseurs de vélos qui ne rêvent que d’une route en lieu de leurs pistes ravinées. Ou encore, la sagesse de cet homme burundais, qui avec 3 simples cailloux pour cercler un feu, explique les 3 valeurs de son pays :  l’unité, la paix, le progrès…sinon le pot ne tiendra pas sur le feu.

"Demain il fera beau sur les routes, demain il fera beau sur les chemins" Kaporal Wisdom. 

Et puis surtout, surtout, cet optimisme, brandi comme ce qui semble être, bien souvent, la seule arme contre le destin et l’injustice.
Oui, si l’optimisme était une monnaie, l’Afrique serait sûrement le continent le plus riche du monde. 

Et enfin, la parole de Luc. Elle se fait guide tout au long du film pour nous apprendre tant sur ce continent, sans jugement, tout en nuance.
Entre confidences sur ses (rares)appréhensions, son sentiment d’impuissance souvent, les mots de Luc claquent parfaitement, justes, sincères et empreints d’une rare humilité, aussi grande que l’est son aventure.  

Oui, Il faut bien écouter ce film. Jusque dans ces moindres détails comme prendre le temps de découvrir la superbe playlist qui égrène tant de petits bijoux musicaux, de belles voix, de messages engagés. 

Lorsque j’ai rencontré Luc, je l’ai trouvé Grand, certes, mais surtout comme tant d’autres, je lui ai dit d’écrire un livre. On doit être nombreux à te mettre la pression !

Au final, Luc, je me rends compte à quel point ton film est déjà un livre.
Un livre où les protagonistes sont avant tout le sourire des enfants, des femmes et des hommes rencontrés, les paysages, l’optimisme et bien sûr cette moto que tu tiens à bout de bras, à moins que ce ne soit l’inverse, sans mise en scène.
Et pourtant, c’est un livre ouvert sur toi.

Luc, Il y a tant de voyageurs qui bouchent leurs propres paysages.
Toi, c’est l’inverse.
Et selon moi, sache-le, ça, c’est le vrai talent des grands écrivains-voyageurs.

Terre Propice est un cadeau, pour les yeux, les oreilles et l’âme. Offrez-le (vous) !

Luc et ma trogne au rassemblement de voyageurs Horizons Unlimited 2017, dans le Lot.

DVD en vente depuis son site : www.le-grand-raid.com

Crédit photos : Luc Cotterelle. 

ça m'irait pas mal aussi.....
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